Katerina Christidi

4 .jpeg

 

Credit photo: Katerina Christidi

Katerina Christidi est née à Athènes et vit à Paris depuis plusieurs années.

Les dessins en fusain sur toile sont au cœur de sa pratique et sa recherche se focalise sur la création d'un univers de rapports troubles où des figures spectrales font partie ou émergent, d'un environnement inconnu. Par différents niveaux de représentation formelle, elle souhaite faire surgir un sentiment d’oscillation entre de multiples réalités.

L’image se construit par un cheminement imprévisible et les formes apparaissent au fur et à mesure que le travail avance, entre les couches successivesdu fusain. Cette procédure permet la création d’un itinéraire vers l’inconnu et les méandres de l’inconscient. Par ailleurs, elle explore ces quatre dernières années d’autres possibilités d’expression plastique par le travail en trois dimensions qui lui a ouvert une voie plus théâtrale. Elle aborde le bas-relief en céramique en l’associant à des dessins et papiers découpés ou froissés. Elle travaille dans ce cadre, la notion d’agencement entre le volume, le plat, le relief, le lisse, le froissé, le solide et le léger.

Les escaliers sont en papier

L'ombre

Il était un petit homme dont l'ombre était plus noire que celle des autres. Enfant, cela le distinguait. Un beau jour de printemps, on était sorti danser dans la chaleur du soleil, quand soudain, cette ombre si noire traversa l’espace telle une barre, faisant trébucher tout le monde. Inutile de dire qu'il fut marqué par ce coup. Devenu adulte, il voulut toujours ressentir cette distinction. Dès que le moindre rayon de soleil sortait des nuages, il marchait dans les rues, la tête haute, en jouissant de l'effet qu'il faisait. Un jour où son ombre était peut-être plus sombre, plus noire que jamais, il prit feu. Et c'est tout ce qu’on a retenu de son histoire.

La chair

Le désir du dessin, dit Jean-Luc Nancy, c'est la ligne formée par deux lèvres qui se touchent. Là où il y a dessin, il n'y a plus de parole. Le dessin fait taire. Il y a différentes façons de l’affronter. On peut suivre des lignes. Chercher le sens rhizomatique dans les branches et admirer le ciel blanc qui s’étend derrière. Enfin, on peut se noyer dans le noir de la ligne. L'élargir au lieu de l’étirer davantage. L'ouvrir. Et puis, en attendant le cri ou le chant qui pourrait surgir du noir profond de la béance, on est touché par l’air.

L'air, indissociable de la chair du dessin.

La surface

L'eau n'a pas de poutres, dit une expression allemande. La surface de l'eau ne porte pas celui qui ne sait pas nager. Pourtant, selon la vitesse à laquelle un corps la rencontre, cette surface durcit, se fait impénétrable, et le choc se produit. Pour l'œil aussi, cette surface est solide, structurée par des vagues, des ombres, des reflets. On dirait que le regard se frotte à elle et, en s'y frottant, fait surgir des images. Alors, la surface de l'eau porte. Jusqu'au moment où tu te glisses dedans pour découvrir qu'en effet, toutes ces barres ne soutiennent rien. Elles appellent.

Le corps du noir – épilogue

Katerina Christidi travaille le noir. Elle se sert des outils du peintre pour faire ses dessins. Elle les fait en grand format, sur de la toile accrochée au mur. Ses dessins ne sont pas abstraits. Ils figurent des corps. Pour certains, on dirait le corps même du dessin. Elle travaille le noir en utilisant le fusain, les traces de poussière noire, dans son atelier, en témoignent. Sa méthode : le bout-à-bout. Elle dessine, elle prend des notes sur des bouts de papier, elle récupère des images qui lui tombent dessus, reprend les notes, collant tout cela au fur et à mesure sur le mur. Puis elle se met au travail pour en faire un grand dessin. Cet ouvrage montre la «cuisine» de ces dessins et ces textes proposent une approche permettant de les expérimenter. Les dessins offrent une expérience visuelle, certes, mais aussi une expérience de narration, en nous faisant reconnaître des images étrangement familières. Autre chose, encore : ce qu’amène l'artiste par les dimensions corporelles, narratives, mythiques de ses dessins, c’est le toucher. 

Ses dessins touchent le corps du noir. Ils incarnent le toucher. Il est fragile, ce corps. En s'y appuyant, on risque de se casser le bout du nez. 

Tendons quand même la main 

– et laissons-nous atteindre.

 

Paris, Mai 2015

J. Emil Sennewald

Expositions récentes (sélection) :

2020 : Quarantine exhibition Space52 , Athènes. Open letters The laboratory for the Urban Commons, Athènes. Le mauvais oeil FRAC Auvergne. 2029 : At the surface that was still forming, Tinos Festival, Ancienne école de Triantaros, Tinos, Grèce. 2018 : The laughter in the garden, Ancienne école de Triantaros, Tinos, Grèce. 2016 : The day when his shadow was perhaps at its darkest, Centre d’art Contemporain Ileana Tounta, Athènes. 2015 : Kenophobia, Can gallery, Athènes. A Corps perdus, Galerie de l’artothèque de Vitré, Bretagne. 2014 : Figures et paysages, Domaine de Kerguhennec, Bignan.

A main levée, La Couleuvre, St.Ouen. French Paradox, Storefront Ten Eyck Gallery, New York.

2103 :  Agora, 4ème Biennale d’Athènes. Le corps, les songes, galerie Dix291, Paris. On était au milieu de nulle part mais où précisement je ne saurais pas le dire, Hôtel galerie Elysées Mermoz, Paris.

2012 :  Le leurre du seuil, Moments artistiques, Paris. 777-6 Residence et exposition, Château de Kerpaul, Bretagne. 2011 : Polyglossia, Centre Culturel Onassis, Athènes. Incarnations,

Le 19 Centre d’Art Contemporain, Montbéliard. Les quotidiens, figures de l’humain

Ecole d’art Gérard Jacot, Belfort .

 

Publications (sélection) :

2020 : Intrépide amour, dessins pour la nouvelle de Katherine Mansfield, éditions Chemin, Paris.

2016 : Les escaliers sont en papier, catalogue, editions Friville, Paris. 2015 : The Drawer, Revue pour le

dessin contemporain Vertigo, Volume 3, Paris. 2014 : Semaine no 363 Revue pour l’art contemporaine

2012 : Le Salon, Revue du Centre de recherche I.D.E. Ecole supérieure d’Art de Lorraine 2010 Visionnaire, édition spéciale 2010, New York. 2008 : In present tense, Musée National d’Art Contemporain, catalogue, Athènes, 2009 : C’est pas angoissant, artist‘s book, éditions Nieves, Zurich 2007 : Flash Art International Focus Greece, issue 256.

 

Collections publiques :

Fonds d’art municipal de Pantin. Artothèque de Limousin. Arthothèque de Vitré, Bretagne.

FRAC Auvergne.