OCCUPY 2020

Petit monologue d'introduction

Eirini Linardaki, conceptrice du projet Occupy.

 

Je suis née à Athènes dans le quartier de Kypseli. J’ai déménagé en France pour poursuivre des études aux beaux-arts de Quimper en 1994, j’y ai vécu plus de 20 ans. J’ai commencé à faire des projets artistiques en Grèce vers 2014 mais je me surprenais à travailler le concept de mes projets en français, à prononcer tous les noms d’artistes avec un accent français (francophones : dites « Mathew Barney » dans votre tête). Je suis toujours inscrite à la Maison des Artistes, j’ai été sélectionnée au Salon de Montrouge en 2015 en tant qu’artiste française, je suis l’actualité des arts en France, mais j’ai construit un atelier sur l’ile de Crète ! 

En 2017, j’ai demandé la nationalité française que j’ai obtenue, après plusieurs conversations intéressantes sur le statut de tous ces artistes qui portent en eux une éducation artistique et une conscience sociopolitique hybride entre les deux pays. 

 

Cette conscience socio-politique intègre, selon moi, l’activisme scolaire et étudiant des années ’90 à Athènes, où en tant qu’élèves nous occupions notre lycée pour demander à être écoutés, mais aussi tout ce que j’ai appris en France sur les manifestations pacifiques et la possibilité pour les artistes de rejoindre les classes ouvrières dans les espaces publics.

 

En 2019, j’ai présenté un projet artistique pilote à l'Institut français de Paris qui visait à soutenir les réseaux propres aux artistes français et francophones déjà existants dans différents pays, et à utiliser des espaces administratifs et publiques pour y développer des projets de recherche, résidence et exposition. 

 

Ainsi est né le projet « Occupy #1 New York », lors duquel vingt-huit artistes ont occupé les locaux du Consulat Général de Grèce à New York, en résidence et dialogue avec le personnel administratif, et avec le soutien des services culturels de l’Ambassade de France aux États-Unis. Le projet consistait surtout à permettre à des artistes non grecs d’exposer leur travaux et inspirations qu’ils puisaient dans la culture, l’esthétique et les idées grecques, dans un territoire public et administratif grec.

 

Pour le volet Occupy #2, le projet devient partenaire de l’Institut Français de Grèce, identifie les réseaux de coopération existants ainsi que les artistes ayant un parcours hybride entre les deux pays. Le projet vise à soutenir ces artistes, les réseaux d’accueil de recherche et de coopération. Avant tout, dans un moment de crise sociale internationale, le projet vise à structurer le local avec une méthodologie et un dialogue international. 

 

Vous trouverez dans ce projet les artistes Katerina Christidi, Athina Ioannou, Angeliki Poulou, Eleni Riga, Vassilis Salpistis, qui sont aussi porteurs de cette double identité et culture (comme le témoigne la vidéo de Salpistis “Agent double »). Vincent Meyrignac et Vincent Parisot structurent des projets locaux en Grèce, Cédric Eymenier, Natalia Lopez et Abraham Poincheval viennent régulièrement en Grèce afin d’explorer le pays et l’intégrer dans leur travail.   

Cette forme d'occupation vise à questionner la nature de la présence et du rôle de l'art dans un espace administratif, politique ou public et la manière dont les artistes peuvent l’investir.

 

En effet, la crise actuelle a révélé pendant la période de confinement l'importance de l'art dans nos vies au quotidien ; elle a aussi montré la nécessité de travailler en réseau, qui ne va aller qu'en s'accélérant.

Notre plateforme rassemble des artistes associés, des artistes affiliés, des commissaires et des structures partenaires, dans le but d'ouvrir un dialogue et une coopération entre :

  • Artistes français résidant en Grèce ou ayant un projet en Grèce

  • Artistes grecs résidant en France ou ayant un projet en France

  • Artistes internationaux proposant des échanges ou des ressources aux artistes associés au projet#Occupy et travaillant entre au moins deux pays.

 

Les artistes associés sont soutenus par le programme pour présenter leur parcours et développer un projet original, issue d’un dialogue entre eux, les conseillers du projet et Eirini Linardaki, coordinatrice d'Occupy. 

Pendant cette première partie d'Occupy, d’autres artistes sont identifiés qui travaillent aussi sur les thématiques du réseau. Des projets artistiques communs devraient naître de ces échanges. 

 

Les artistes associés ont été sélectionnés selon les critères suivants :

 

  • Leur capacité à se nourrir de la culture de l’Autre et à l’intégrer dans leur pratique ; 

  • Leur capacité à impliquer le public ou les autres artistes dans leur projet ; 

  • Leur implication dans plusieurs cultures. 

 

Objectifs du projet :

 

  • Garder la création en mouvement en identifiant les initiatives, en facilitant la venue de nouveaux projets en Grèce ;

  • Promouvoir la mobilité des artistes et des professionnels ; 

  • Mettre des ressources à disposition de la communauté des artistes ; 

  • Créer une communauté d’artistes liant la Grèce et la France ;

  • Expérimenter une démarche pouvant être étendue à d’autres domaines que les arts visuels.

Angeliki Poulou, conseillère du projet 

manifeste OCCUPY 

L’artiste chercheur | L’artiste - homo universalis | L’artiste - ouvrier | L’artiste - shaman | L’artiste -  professionnel | L’artiste français | L’artiste grec | L’artiste nomade | L’artiste exilé |

Occupe : 

  • l’espace 

  • les normes dominantes 

  • l’ordre établi 

  • les atmosphères 

  • la discussion publique 

  • l’imaginaire 

 

Par 

  • l’art 

  • les idées 

  • les corps 

  • les technologies 

  • la dramaturgie 

  • la musique 

  • les manifs 

  • les revendications 

 

Pour 

  • Restaurer le droit au raté, menacé par une idéologie du succès de l’économie néo-libérale.

  • Se réapproprier la création artistique comme œuvre d’art

La mobilisation du projet sous ses différentes facettes dans la plupart des univers du social caractériserait notre société, expression du monde des réseaux et des structures labiles. Un constat qui modifie à la fois le concept de l'œuvre d'art, le rôle de l'artiste et les conditions de la pratique de l’art.

  • Établir, mettre en question, renforcer les communautés et l’artiste comme personne du commun/commoner

  • Repolitiser l’art et les discussions sur l’art 

  • Former un espace pour les artistes en transition (géographique, artistique, identitaire, etc)

  • Renforcer le dialogue entre la France et la Grèce 

  • Réinventer les Grands Récits dans l’art contre la fragmentation postmoderne 

Les Grands Récits sont considérés comme finis, laissant la place à l'individu, au fragment, au non-sens. Dans cette perspective, tout commence, rien ne se termine. Tout est déjà fait.

  • Explorer la question du “Comment habiter le monde ?” 

Une avant-garde ne se mesure pas aux formats qu’elle crée mais d’abord aux nouveaux regards que ces formats induisent.